Pas de sexe in the City

Saint Valentin pour Lyne ou reprise du flambeau de la Bridget-Jonserie

Hier c’était la Saint Valentin et le jour tant attendu de la revue avec L’Homme sans Sexe, que s’est-il passé?

 

Ce matin-là, je me prépare plus longtemps que d'habitude afin d’être toute jolie pour mes retrouvailles avec l’Homme sans Sexe, au menu: petit chemisier prune à collerette, assorti d’un rouge à lèvres du même ton. Le soir attendu arrive, avant de quitter le bureau, je passe aux toilettes pour me repoudrer le nez et vérifier mon état général : feu vert, je suis parfaite! Go go go Lyne!

Je me rends donc au théâtre pour y rejoindre Cricri et Gemme. Le spectacle commence et peu de temps après, l’acteur que j’attendais entre enfin en scène et ce, comme une bourrasque. Monsieur Léon, personnage haut en couleur de l’Atelier, incarné par mon Homme sans Sexe va tour à tour faire rire, émouvoir ou terroriser les spectateurs. La pièce se déroule à la perfection, puis se termine déjà, je n'ai rien vu passer. J’applaudis des deux mains cette performance extraordinaire et il me tarde d’aller au bar afin de parler à mon monsieur Léon.

 

Nous descendons les marches qui mènent au bar du théâtre, Cricri, Gemme et moi et bien vite, Pleine de lune nous rejoint, seule. Se changer n’a pas trop pris de temps vu que les rôles ne nécessitaient pas de maquillage.

Un homme plutôt élégant accoudé au bar semblait l’attendre, elle nous les présente. Du à ses grosses lunettes noires à contour, je l’ai surnommé Face C, comme Cul de bouteilles, en référence à notre Face B bien connu.

 

Je prends Plaine de côté quelques secondes en lui demandant si le type en question est son nouvel agent : non, en fait Face C est une 'date' suite à une rencontre dans un pub à Bayswater 2 semaines plus tôt. Tiens, donc, je n’étais pas au courant de cela…

Je me suis donc retrouvée entre deux choix de discussion: à ma gauche, Cricri et Gemme parlant de géopolitique tandis qu’à ma droite, Plaine et Face C n’en étaient qu’aux présentations et banalités de première 'date'. D’habitude, ma curiosité naturelle m’aurait orienté vers l’écoute du sujet brûlant, mais ce soir-là, je n’avais pas envie de me prendre la tête et je me suis incrustée dans la conversation du petit couple. Je pense que Plaine de Lune a apprécié car leur conversation avait du mal prendre, et lorsque j’y ai ajouté ma sauce piquante, les langues ont commencé à se délier. Tant est si bien qu’à un moment Plaine a disparu pour se faufiler avec Cricri et Gemme. Je me suis alors demandée si mon intervention lui avait vraiment plu ou pas: est-ce que j'étais l'excuse pour abandonner Face C, ou me montrait-elle son désaccord sur mon incruste?

 

Toujours est-il que je me suis retrouvée en face à face avec Face C, ce qui ne me dérangeait pas trop vu qu’il était intéressant, et que j'avais un bon verre de vin à la main. Sauf que l’Homme sans Sexe n’a pas tardé à pointer le bout de son nez au bar. Il était encore plus beau qu’en scène, car il était lui-même. Il portait son fameux pull orange fétiche dont Flick m’avait parlé, en dessous duquel un t-shirt jaune dépassait, soulignant son torse citrouille qui illuminait toute la pièce. Il s’est assis, accompagné d’un autre garçon, et une autre fille les a rejoint presque aussitôt.

 

A partir de ce moment-là, mes yeux n’ont cessé de lancer des regards furtifs en sa direction afin de m’assurer de sa présence et pour choisir le moment adéquat pour aller lui parler. Là, maintenant, c’était impossible, il était entouré de ses amis, dont aucun ne m’était familier et je ne voulais pas lui sauter trop vite dessus.

Le temps passe et je continue à discuter avec Face C qui s’est décidé à enlever ses Cs et me parler droit dans les yeux. Il était pas mal au final, grand, élégant, travaillant dans la finance à Old Street avec 5 ans passés à NY et résidant aujourd’hui dans les beaux quartiers de l’ouest Londonien. Un bon parti…mais rien à faire, mon attention était totalement tournée vers mon apprenti acteur à l’allure désinvolte fauché, et vivant dans un 30m carré.

Je regarde à nouveau dans sa direction et là horreur, le voilà qui a disparu! Toutefois je retiens mon émotion en voyant que son manteau et son écharpe sont restés sur le dossier de la chaise, il ne devrait donc pas tarder à revenir. Ce qu’il ne tarde pas à faire, avec deux sandwichs en main, un pour son ami et l’autre pour lui-même.

 

Je repars dans ma conversation avec Face C sans ses Cs, rassurée mais ne l’écoutant plus qu’à moitié. En effet onze heures approchaient et je sentais que mon Homme sans Sexe ne tarderait pas à filer. Et j’avais raison, dix minutes plus tard je le vois qui se lève et enfile son manteau, et là, je me dis bon allez tans pis, je me jette à l’eau.

 

Je dis à Face C sans ses Cs qu’un ami à moi est sur le point de s’en aller et que je vais le féliciter en coup de vent. Il m’excuse et me voilà partie à la conquête de l’HSS. J’avance, sûre, le sourire aux lèvres et arrivant à sa table, je coupe leur conversation d’un « avant que tu ne partes, je voulais juste te féliciter pour ta prestation» et là l’HSS sourit et m’ouvre les bras « Comment vas-tu? Je ne t’avais pas reconnu ». Il me fait un de ces hug chaleureux à l’anglaise, avec lequels j’ai toujours du mal, car moi je ne serre pas quelqu’un comme ça dans mes bras, mais avec l’HSS j’ai toutefois posé une exception. Je me suis aussi demandée pourquoi il ne m’avait pas reconnue :

-          j’ai changé depuis la dernière fois : en bien, en mal? Mystère (je pense avoir perdu 2kg c’est possible, mais bon je suis quand même reconnaissable)

-          excuse bidon : il m’a bien reconnu en effet, mais évité pour quelque raison que ce soit

-          effectivement pas reconnu car oublié, il a du me dire bonsoir en se disant « mais qui c’est celle-là, faisons comme si on se connaît ».

 

La troisième semble la moins probable car il m’a demandé comment ça se passe à Bermondsey, mon quartier pourrave mais que j’aime bien. Je me suis donc dit qu’il se souvenait d’où j’habitais ce qui n’est pas un mauvais début. Puis je le félicite pour sa représentation sur quoi il me répond qu’il a été surtout bon à hurler. Je le rassure en disant qu’il a aussi et surtout été drôle et que si il entendait dans le noir une voix qui ne cessait de rire, c’était probablement la mienne. J’ajoute également qu’il était en effet très fort pour crier et que je n’aimerai pas être mariée à Monsieur Léon (Madame Léon, femme docile, était jouée par notre chère dame de Trèfle qui était mal en point ce soir-là et est rentrée se coucher bien vite avec son roi). Là-dessus, il m’a répondu quelque chose avec humour que je n’ai malheureusement pas bien saisi, mais j’ai ri car j’ai senti que cela en était le but (ces moments-là oh combien nombreux, je les déteste, mais doit malheureusement vivre avec, c’est le prix à payer lorsque l’on fait l’apprentissage d’une langue étrangère...)

 

Et voilà qu’arrive Gemme toute souriante aussi, et s’empresse de féliciter l’HSS. Je viens de me le faire piquer, pas grave, je me rabats sur son ami, et insiste lourdement pour qu’ils restent 10 minutes de plus afin de faire connaissance! Et oui, c’est un ami d’université de l’HSS lui rendant visite pour quelques temps avant de s’installer à Londres, on ne peut pas ne pas être présenté!

 

Nous commençons à discuter et Plaine de Lune nous rejoint ,et là c’est les gros hug avec l’HSS, les rires, les blagues, bref c’est la fête. Il lui demande comment elle va, et elle en profite pour dire qu’elle vient d’emménager chez moi. Et paf, Bermondsey le retour. J’en ai un peu marre de vendre mon quartier comme pas si pourrave. Oui, 90% des types qui font des casses à Londres viennent de Bermonsdey, et alors? Moi, je le présente tant bien que mal comme le quartier situé à 10min du majestueux Tower Hill, à 2 min de la Jubilee Line, la meilleur de tout le métro Londonien et notre appart comme un château (croyez moi en terme d’espace on n’est pas à plaindre).

 

L’homme sans sexe continue ses railleries et je saute sur l’occasion en lui demandant «  et pourquoi ne viendrais tu pas diner la semaine prochaine à la maison avec Gemme ? (me tournant vers elle qui acquiesce) Ainsi vous verrez ou l’on habite et vous vous ferez votre propre idée !» J’avais fait cela de main de maître et Plaine s’exclamait déjà « oh oui ça serait vraiment bien ». Il accepte et j’ai marqué un point : la semaine prochaine, invitation à diner sur mon territoire avec l’HSS, et pour dissiper tout doute possible de date, j’invitais l’ami Gemme au passage, un diner à 4, c’est très bien.

 

Puis il était temps pour eux de partir et Plaine me flatte sur ma nouvelle acquisition vestimentaire: un petit haut couleur jeune vigne qui, je le savais, m’allait à ravir et auquel j’avais assorti un rouge à lèvres méticuleusement choisi. Sauf que voilà, le syndrome Bridget Jones m’a frappé. Plaine me suggère avec beaucoup de tact qu’il irait bien avec un rouge à lèvres coordonné. Je réponds, ah mais j’en ai mis justement et là ça fait tilt dans ma tête: je me rends compte que Plaine me faisait subtilement comprendre que quelque chose clochait avec ma bouche. Je la prends de côté et je lui dis « mon rouge à lèvres est parti ou est mal mis? ». Doucement elle me dit « oui un peu, et on voit que tu as bu du vin rouge… » Horreur je voulais me pendre! J’ai compris que du vin rouge devait s’être déposé sur mes lèvres un peu gercées et laisser une ligne violette en travers de mon sourire, du coup moins ravageur!

Mes mains frottent vigoureusement la bouche jusqu’à ce que Plaine me donne le feu vert. Je me retourne mais l’homme sans sexe salue tout le monde et s’en va: sa dernière image de moi a dû être cette fille qui a coordonné bien malgré elle son chemisier à ses lèvres gercées.

J’étais tellement contrariée que j’ai sauté sur mon manteau, ai dit au revoir à tout le monde, dont Face C qui avait entre temps remis ses Cs, et me suis sauvée. J’avais hâte de prendre l’air et de rentrer chez moi.

 

En traversant le Blackfriars Bridge, j’apercevais au loin le National Théâtre, et ce soir-là il était vigne aussi, comme pour me rappeler ma grosse boulette de ce soir. Mais pourquoi cela arrive-t-il toujours quand on aime bien quelqu’un? me suis demandée, désabusée. Pourquoi nous transformons-nous en des Bridget Jones lorsqu’on se trouve en face d’un type qui nous épate? Est-ce un réflexe de la cruelle nature visant à nous détourner éternellement du VH et n’être parfaite que devant des hommes inintéressants? Pourquoi, oui, pourquoi?

 

Je rentre doucement chez moi, un peu abattue et là surprise, Plaine de lune était déjà rentrée à vélo et m’attendait pour prendre un thé et faire un débriefing. Une fin de soirée qui a été riche en informations sur l'HSS!

 

Révélations choc au prochain article!

Vos commentaires

1 Le Jeudi 15 Fevrier 2007 à 17:07 GMT+2, par pasdesexeinthecity

Petit commentaire érudit: pour certains, Dionysos, dieu de la vigne, de la débauche, du sexe, est aussi, et avant tout, celui du théâtre, de la comédie et de la tragédie. Cette soirée dionysiaque placée sous le signe de la vigne n'aura donc qu'à servir à vous défeuiller...Ce qui compte, c'est que le rendez-vous est pris pour un futur dîner...Qui sera sous les augures de l'autre Dieu du théâtre: Apollon!

D'ailleurs, l'Homme Sans Sexe ne ressemble-t-il pas étrangement à l'Apollon classique?

2 Le Jeudi 15 Fevrier 2007 à 17:44 GMT+2, par Headbanging

C'est vrai que notre côté Bridget Jones ressort à chaque fois au mauvais moment...
Rolala...

3 Le Jeudi 15 Fevrier 2007 à 18:36 GMT+2, par escargot

Bon, la transition, celle de l'invitation "pirouette" du repas, est parfaite... Finalament la soirée s'est bien déroulée et c'est l'essentiel car si le défaut Bridget a semble-t-il quelque "effrayé", il peut avoir été un atout d'observation... en quelques mots, une femme trop parfaite à l'apparence n'est pas de bonne augure. J'adore l'approche ! Si avec ça HSS a pas senti quelque chose, plus l'invitation du repas... Je sens quand même (d'après les commentaires) une certaine hésitation de HSSS, question ? est-il vraiment libre... Un homme qui ne remarque pas une "gazelle" pourrait soit cacher une relation, soit il est plutot timide... Au repas : du Canard ?

4 Le Jeudi 15 Fevrier 2007 à 18:58 GMT+2, par Lyne Achevez

C'est justement ce dont on va parler dans le prochain article révélations sur l'HSS!

Je remarque que Monsieur escargot a visité ma fiche d'identité...très bien tout ça... sauf que comme c'est moi qui invite, je pensais plutôt à preparer quelquechose qu'il aimera lui, comme un plat traditionnel anglais. Tu peux voir la liste de ses préférences gustatives dans son CV que j'ai reconstitué (rubrique candidatures) En tant qu'homme, et de surcroit gourmet, que me recommandes tu de cuisiner?

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