Fille légère
Vendredi soir dernier : youhou, je suis une fille légère et je vole dans l’air sur mon vélo rouge ! Dans le noir froid et humide, je file le long du canal rejoindre des amis pour une soirée Salsa…Je croise les files de tentes des SDF et les enfants de Don Quichotte, ce noyau de résistance d’assiégés intra muros dans Paris. Moi, je sens la liberté entre mes cheveux et rien ne m’arrête. Oui, je suis en retard, très en retard…La cause : une humeur noire qui m’a clouée toute la journée et a bien failli m’avoir. Rentrée tôt du travail, je me voyais déjà toute la soirée à me consoler dans l’écriture du blog (en avant-première, bientôt sur le blog, cet article: « Comment le blog a changé ma vie »)…Et non, je fus rappelée à l’ordre par mon ami TaoTao : « Bon, alors, Flick, qu’est-ce que tu fous ? On t’attend !» Ok, j’arrive !
Oui, j’arrive. Dans mon élan, je me prends pour une amazone et, ah, attention, il faut déjà freiner, garer mon cheval à roues et faire claquer mes bottes-baskets sur le pavé. Attention, me voilà, l’éclair Quick ! Mes amis assis sous la terrasse surchauffée ne peuvent s’empêcher de rire à mon arrivée excitée, dynamique et suante… « Ah, eh bien, tu as été rapide, tu vas pouvoir faire le cour de salsa pour débutant ! C’est parfait ! »
Oui, oui, déposons nos manteaux au vestiaire. L’entrée avec une boisson alcoolisée, s’il vous plaît ! Merci et nous voilà à l’intérieur. Dans la grande salle, des couples s’exercent déjà depuis une demi-heure. Ils sont agencés en deux grands cercles, l’un à l’intérieur et l’autre à l’extérieur. Et toutes les 5 minutes, changement de partenaire ! Le prof, un petit mec musclé des îles, au centre, fait les démonstrations. Et Hop, tout le monde a compris, à vous ! Allez, rotation enchuffla, et maintenant celle casino !
Nous nous contentons de regarder leurs méritants efforts du bord de la piste où nous nous sommes installés avec mes amis. Maintenant, il est trop tard, il faut mieux qu’on attende le cours intermédiaire qui suit… « Ah, oui, c’est dommage, pour toi, Flick ! Ca va être un peu difficile à suivre ! Si seulement tu avais pu être à l’heure pour le premier cours… ». Pour m’aider, Stella m’apprend laborieusement les pas de base…Oui, bon, finalement, je crois que je préfère regarder !
Je me positionne donc en spectatrice, TaoTao me taquine un peu. Arrive alors de nulle part un beau cavalier blanc, il plante son regard dans le mien et me dit : « tu viens ? ». Alors, inconsciente, je lui réponds : « oui » et prends sa main. On ne peut dire non à une telle assurance, à un homme avec une telle confiance en soi…à un VH, que voulez-vous !
Mais le suivre équivalait autant à sauter d’un précipice sans en connaître ni le fond ni la hauteur…Il m’aurait dit en haut d’un rocher de
Mon chevalier blanc, plein de panache, me conduit au centre bien sûr, parmi le cercle des plus initiés. Oui, forcément, nous irons avec les meilleurs. Je le suis, oublieuse. On se positionne face à face, regardons les pas du prof, ah, il danse pas mal, celui-là. J’observe aussi sa cavalière, le cul haut monté, les bottes qui s’enlacent autour des jambes de son partenaire. C’est beau.
« A vous ! »
Quoi, à vous ? A moi ? Et la chute commence…Je n’y connais rien, je ne sais rien, mes hanches ne bougent pas, mes pieds piétinent, je les fixe et deviens une barre de fer. Je me tends comme une bête apeurée et affolée, prise au piège. Déjà, on doit changer de partenaire, et mon cavalier blanc disparait... Je me retrouve en face d’un hip hoppeur échappé de sa banlieue et autant perdu que moi sur la piste … « Et, on change de partenaire s’il vous plaît ! Et maintenant le di le que no ! Voilà Monsieur, maintenant, on laisse passer sa partenaire de l’autre côté ! »
Là, le temps s’arrête.
Avez-vous déjà rêvé de vous retrouver tout nu à la piscine devant tous ou sur scène devant un public médusé suspendu à vos lèvres et rien ne sort, vous ne pouvez chanter ? Cauchemars classiques et je vous félicite d’en avoir de tels. Car c’est tout autre chose de les vivre dans la réalité…
Le prof se retourne vers moi, n’en pouvant plus de la pagaille et de la disharmonie que je crée sur la piste de danse, m’empoigne et décide de m’apprendre ce fameux pas de côté. Il n’y a plus que nous deux sur la piste : un manipulateur et une marionnette désarticulée et rebelle, moi. C’est simple, je vais chaque fois à l’opposé de ce qu’il faut faire. A force de luttes, le professeur parvient enfin à me faire son di le que no et me lâche, dégoûté…
Bon, j’avoue, j’assume ma nullité. Depuis que je me suis avoué ma Bridget-jaunitude, je vis beaucoup mieux de tels moments d’humiliation ! Je me retrouve dans les bras d’un gentil garçon, dévoué et sûrement fortement compatissant. Ne suis-je pas une victime idéale ? La jolie gourde humiliée de la piste de danse…
Là, j’avoue, ça me fait du bien tant de gentillesse et d’attentions. Je me laisse donc gentiment draguer. Fin du cours. Merci jeune homme. Et je retourne vers mes amis, qui me félicitent pour mon heure de gloire. Et TaoTao, qui n’en lâche pas une, s’enthousiasme sur mon dernier cavalier, un VH, me dit-il, vas-y, il t’attend (oui, mes amis, à force de me fréquenter, commencent à bien connaître les concepts de ce blog, dont l’un des plus importants, celui du VH !).
Alors, j’y vais. Je bavarde avec ce gentil jeune homme, je lui donne le change et bois mon mojito. C’est vrai qu’il est gentil, plaisant, attentif, sain…Mais je ne suis en aucun cas intéressée, il est trop jeune, trop gentil... Je me laisse faire pourtant, il le vaut bien, il faut le ménager. C’est VJH, un Vrai Jeune Homme, un futur VH en devenir.
Nous reprenons la danse. Je joue le jeu. Le VJH, qui prend régulièrement des cours de danse, se donne à fond. Finalement, elle n’est pas si catastrophique, cette soirée. A condition de la prendre avec humour…
Soudain, je sens la présence du cavalier blanc à proximité…et me souviens alors que c’est avec lui que tout avait commencé. Sa force d’attraction qui m’a fait chuter. Alors, je me dis, quitte à être maso, au moins qu’il m’accorde une dernière danse. Et je reste donc là, pas loin, priant pour qu’il m’invite pour la prochaine…
Ce qu’il fait, toujours de cette manière abrupte, cavalière et pleine de confiance. Nous dansons, c’est lui qui me plaît, c’est sûr. Et non pas le VJH, qui m’a un peu ennuyé mais au moins protégé…Il faudrait que j’apprenne à l’avenir à mieux diriger mon désir, me dis-je. En même temps, ce n’est pas non plus une très bonne idée d’être attiré par des cavaliers blancs téméraires et négligents…
La soirée touche à sa fin. Mes amis, très excités, m’abandonnent quasiment dans les mains du VJH, avec clins d’œil insistants. Oui, oui, je serais correcte, j’ai envie de leur dire, je lui refilerai mon numéro…Le cavalier blanc remet aussi ses affaires de ville, m’adresse un dernier regard, il a tout compris, je le sais…Et en cavalier seul, nous lance un au revoir général et part dans sa nuit faite de lumière.
Moi, je réenfourche mon vélo, laisse mon VJH à la station de métro la plus proche et regagne les sommets de Paris où j’habite...
Je suis une fille légère, légère…
Les perspicaces lecteurs auront sûrement deviné que si Flick a la tête ailleurs, c’est pour une toute autre raison, en aucun cas liée aux qualités de ce gentil jeune homme. Flick, ne nous cacherait-elle pas quelque chose, ou plutôt quelqu’un? A suivre...
Par pasdesexeinthecity, Mercredi 7 Fevrier 2007 à 17:15 GMT+2 dans Autres articles (article, RSS)






