Pas de sexe in the City

Amour contre désir ou Amour avec Désir?

Votre avis sur une théorie freudienne.

Messieurs, cette question-débat que je lance sur notre blog s'adresse particulièrement à vous, bien que les dames sont grandement invitées à donner leur avis aussi.

J'ai lu par hasard cet extrait d'un texte de Freud sur ce qu'il appelle le "rabaissement de la vie amoureuse".

Les seuls objets que recherche le courant sensuel resté actif, sont les objets ne rappelant pas les personnes incestueuses qui lui sont interdites; lorsque émane d'une personne une impression qui pourrait conduire à une haute évaluation psychique, elle ne débouche pas dans une excitation de la sensualité mais dans une tendresse sans effets érotiques. La vie amoureuse de tels hommes reste clivée selon deux directions que l'art personnifie en amour céleste et amour terrestre (ou animal). Là, où ils aiment, ils ne désirent pas et là où ils désirent, ils ne peuvent aimer.

Contre un tel trouble, le principal moyen de protection qu'utilise l'homme dont la vie amoureuse est ainsi clivée, c'est le rabaissement psychique de l'objet sexuel, tandis que la surestimation normalement attachée à l'objet sexuel est réservée à l'objet incestueux et à ses représentants. Dans la mesure où est remplie la condition du rabaissement, la sensualité peut se manifester librement, aboutir à des réussites sexuelles et à un haut degré de plaisir.

Donc mes questions sont les suivantes:

1) Est ce que pour vous messieurs, on ne peut aimer quelqu'un qu'on désire et on ne peut désirer quelqu'un qu'on aime?

2)Certains psychologues affirment que la propension des hommes à insulter les femmes (à les traiter comme des prostituées) au lit vient de cette caractéritique typiquement masculine qui consiste à rabaisser la femme aimée (comparée à la mère, objet de pur amour sans attirance sexuelle) au rang de prostituée (objet de désir et complètement détaché de l'amour) afin d'avoir envie d'elle et d'avoir un réel plaisir sexuel dans l'acte. Est ce vrai?

3) Quand on est aimée, on a une chance d'être désirée (en étant rabaissée), mais quand on est désirée, a-t-on jamais une chance d'être aimée?

4) Messieurs, que faut-il pour que vous aimiez inconditionellement une femme?

Merci de contribuer à ce débat de façon à mieux comprendre les hommes (car on les trouve bizarre mais on les aime quand même!)

 

 

Vos commentaires

1 Le Mercredi 17 Janvier 2007 à 14:51 GMT+2, par mr who

Je crois que le dilemme amour/désir naît d'un faux débat. Il n'y a pas de relation nécessaire d'exclusion entre les deux termes, pas plus qu'il n'y a de relation nécessaire d'inclusion. La relation amoureuse parfaite telle que nous la recherchons tous (et telle qu'elle est si bien interrogée, et désespérément recherchée dans Sex in the City) n'est qu'une construction culturelle, dans laquelle on patauge.
Et dans laquelle on continuera à patauger tant qu'on ne se sera pas retrousser les manches, et tant que chacun ne se sera pas poser pour lui-même la question : qu'est-ce que l'amour ? Pour ma part, je ferai mienne la définition de Roland Barthes qui parle de l'être aimé comme de celui qui "correspond le plus à la somme de mes désirs" (je crois dans "Fragfment d'un discours amoureux", mais je cite de mémoire....). En conséquence, et comme la somme de mes désirs est infinie, aimer, c'est désirer à l'infini, continuellement. Et c'est peut-être parce que le désir épuise (s'épuise) que l'amour ne dure pas. Ou qu'il ne dure qu'au prix d'efforts démesurés pour toujours se convertir en objet de désir et pour toujours faire de l'autre un objet de désir.
C'est là qu'intervient ce que tu appelles "rabaissement" (traiter sa partenaire de prostituée, insulter) : mais tout cela ne doit être considéré que comme une agression symbolique, une forme d'esthétisation des relations de pouvoir et du petit jeu de soumission/domination par lequel, dans la relation sexuelle (qui est aussi pour moi relation amoureuse, et accomplissement du désir : toutes ces expressions sont quasi-synonymes) on paye ce vol d'un instant de plaisir...
Et je n'ai pas épuisé la question...

2 Le Mercredi 17 Janvier 2007 à 18:03 GMT+2, par Flick-Flop

En attendant, cher Mister who, tu nous mets l'eau à la bouche, on veut en savoir plus! En passant, si Barthes écrit très bien sur l'amour, il me semble qu'il n' a jamais vraiment réussi à se détacher de sa mère...Bref, pour être plus terre à terre, les mots et l'amour, autre débat? entre le dire et le faire, le théoriser et l'inventer...C'est vrai que les mots, justement même les plus châtiés, peuvent apporter une dimension érotique certaine. Parce qu'ils permettent aussi de jouer sur les détails! Bref, l'esprit aussi, c'est sexy!

3 Le Mercredi 17 Janvier 2007 à 18:37 GMT+2, par mr who

Les pratiques par lesquels nous donnons sens et forme à notre sexualité ne sont pas les nôtres, les mots que nous employons pour en parler, nous les empruntons à d'autres (langage de la rue, ou discours technico-érotique des penseurs du bien jouir : sexologues, psychotrucs et conseillers en tous genres). Dès lors, et je crois savoir que c'est la grande leçon de Foucault, le cheminement vers une expression propre de son amour passe nécesairement par une lutte de chaque instant sur le terrain du langage (certains appellent cette lutte littérature). Sans m'élever jusqu'à de telles hauteurs, puisque le mot "littérature" sent un peu son Lagarde et Michard (une vague odeur de sapin), je rêve d'un monde où l'on oserait réinventer chaque jour sa vie à partir de son propre langage. Mais, malheureusement, je crois qu'ils sont peu nombreux ceux et celles qui savent que quand ils parlent, ils se contentent de reproduire un discours social ou culturel hérité. Ceux et celles qui savent que l'objet de leur désir leur a été prescrit de l'extérieur. Ceux et celles qui savent qu'à l'instant même de leur jouissance, le cri qu'ils poussent ne leur appartient pas plus qu'aux centaines de milliers d'autres qui au même moment poussent le même cri, persuadés d'exprimer leur jouissance propre. Tu vois, pour moi, désirer et aimer sont une seule et même chose, tout comme aimer et parler devraient être une seule et même chose.
Ce n'est pas tant notre petit débat actuel qui m'inspire ces confidences que ce que j'ai lu ailleurs sur votre site comme résolution pour 2007 "créons" : prenez-vous la mesure des engagements que vous prenez avec un tel mot d'ordre ?
Pour finir, un commentaire : j'aime beaucoup le ton de votre blog. L'usage retourné d'une référence télévisuelle me semble dénoter une conscience critique à partir de laquelle on peut laisser entrouverte la porte à l'inventivité.
Et je n'ai pas épuisé le débat...

4 Le Jeudi 18 Janvier 2007 à 14:35 GMT+2, par Flick-Flop

Et encore, prenons en compte le fait que nous sommes sur plusieurs langues (le français, l'anglais), plusieurs accents (suisse et autres), alors imagine la difficulté pour s'inventer et utiliser un langage commun! Voilà un débat qui, comme le désir, semble inépuisable...

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